Mardi 1 mai 2012
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22:52
Elle regarde au dehors avec un air ravi, réjoui, tout au bonheur de ses pensées et laisse galoper dans sa tête les mots sur le papier. Elle
ne veut rien oublier de ce qui est écrit là sur cette note arrachée au cahier. Ses yeux s'accrochent aux signes sans comprendre mais elle retient comme une musique ces droites en tambours, ces
boucles résonnantes, ces courbes glissées qui l'entraînent sur des rives ensoleillées où son coeur fait entendre le son syncopé des afflux bouillonnant d'un sang prêt à s'éprendre. Elle lit le
billet comme une carte routière, cherchant les repères au droit des carreaux, calculant la cadence d'une voyelle comme on calcule les kilomètres, à plusieurs reprises, avec application pour
retrouver les traces de ce qu'elle connaît beaucoup mieux, un flot ou plutôt un flottement, une hésitation, un tremblement qui disent sans alphabet le chemin des sentiments. De nouveau elle
s'arrête avec un sourire mystérieux campé sur les lèvres et ses yeux clairs qui ne regardent personne et cherchent dans l'horizon les mots qui la réchauffent. Deux joues rebondies gonflent
son visage des rondeurs fruitées de l'été. Une crinière de vieux percheron repose sur ses larges épaules et impose à la silhouette la force d'un géant de conte pour enfant.
Par brunojalabert
Samedi 28 avril 2012
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05:32
je me méfie de ces envies de petites plumes qui me font jeter sur le papier n'importe quoi n'importe quand et que je regrette forcément
après au lieu d'avant lorsqu'il était encore temps mais que je garde consciencieusement en me disant on ne sait jamais.
Il a disparu dans la nuit et n'est toujours pas ressorti malgré l'arrivée du jour.
Par brunojalabert
Mardi 24 avril 2012
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14:12
Le chien aboie. Avec tout ça je l’avais oublié. Soulève la bâche, il court sur le trottoir, je saute au prochain feu. Dans le rétro, le
chauffeur s’étonne ; nos regard se croisent, je grave son profil les cheveux en arrière ras sur l’oreille collée un peu n’importe comment entre la joue ronde et la nuque plissé dans
l’effort. Peau blanche, un oeil clair de jeune fille le nez et la bouche dans la même ligne dédaigneuse. Il ressemble à un type pas sympa. Est-il leur complice ? Le camion grince, les
feux s’allument, je m’envole sur le trottoir, les rangers claquent et je disparais avec le clebs dans la nuit de la ville.
Par brunojalabert
Lundi 23 avril 2012
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13:36
Il pense qu'il a trop d’orgueil pour faire demi tour ; il ne veut pas décevoir surtout sa mère, son père lui s’en fout comme de l’an
quarante. Ne voit pas, n’entend pas. Alors il faut partir fuir pour montrer autre chose pour prouver que j’ai raison la tête en avant coûte que coûte foncer sans avoir peur oui mais voilà elle
est toujours là maintenant que crocheur l’a dit. Je frissonne, le manque qui me conditionne, m’empêche de voir, me retient sans arrêt. Il faut que j’affronte sinon rien ne sera. Oui rien ne
sera.
Par brunojalabert
Jeudi 12 avril 2012
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12:01
Un camion attend au feu. Il soulève la bâche cherche une place pour se blottir, disparaître maintenant. Les rangers dérapent sur l’acier.
Décidément rien n’accroche ce soir. Là entre les caisses cerclées de fer un trou noir, il faut se faufiler avant qu’il ne démarre. Je plonge la peur sur le dos. Là contre les caisses. Coincée
maintenant, je le sais, elle finira par me foutre la paix. Les mains sur les rangers il glisse ses doigts sur les boucles, les lanières souples, ferme les yeux, seul à nouveau dans l’immense
paysage de sable et l’horizon si profond où le regard se perd et le silence si léger que les cris s’envolent comme une poignée de moineaux sans jamais revenir. Aller de dunes en dunes pour savoir
ce que cache la prochaine. Seul dans cette immensité ou le ciel et la terre se noient l’un dans l’autre et personne, personne à qui parler. Il faut donc continuer marcher cavaler chevaucher
courir pour sa vie mais aller ou finalement tout se ressemble tellement.
Par brunojalabert